Voici un sujet qui me tenait à coeur, et que je vais aborder maintenant que
j'ai pris le parti d'alimenter ce blog aussi souvent que possible.
C'est d'abord un constat, simple, évident, mais qui surprend toujours :
les choses tombent en panne. Tous les objets, quels qu'ils
soient, sont périssables. C'est une règle physique, qui porte d'ailleurs un nom
: l'entropie, et qui stipule que l'entropie d'un système fermé est toujours
positive. En d'autres termes, cela signifie que le désordre d'un système tend
toujours à croître. Supposez un bureau bien rangé : inévitablement, au cours du
temps, il va prendre son bel ordonnancement, se couvrir de poussière, le vent
fera tomber des feuilles du bureau, et le moindre geste déplacé fera glisser
les piles de dossier, les rendant de plus en plus instable - jusqu'à tomber.
L'entropie est la raison pour laquelle nous passons une bonne partie de notre
temps à ranger, nettoyer, réparer tout ce qui tout entoure.
Une extension de cette loi est que plus un système est compliqué, plus son
entropie est forte. Un bureau nu, vide, ne se dérangera guère et restera très
longtemps dans un état presque identique. Il va se couvrir de poussière, le
bois va craquer, travailler, des fissures apparaitront, et il finira par tomber
en poussière, au bout d'un temps très très long. Son entropie est faible. En
revanche, un bureau sur lequel on a posé beaucoup de choses : des papiers, des
piles de dossiers, des stylos, sera plus facilement et rapidement dérangé. Même
en l'absence de mouvement extérieur ou de l'intervention d'un élément hors du
système (un chat, un enfant), les chances qu'un papier glisse, qu'une pile de
dossiers en équilibre instable chute, ou qu'un stylo fuit, seront élevées. Son
entropie est forte.
Une conséquence est que pour résorber l'entropie d'un système, il faut
injecter de l'énergie dans le système. Dans notre exemple du bureau, il s'agit
de votre intervention : vous allez dépenser de l'énergie pour remettre les
papiers en place, refaire les piles de dossiers, passer un coup de chiffon pour
enlever la poussière. Sur votre voiture, vos canalisations, le toit de votre
maison, c'est pareil, partout où l'entropie fera son oeuvre, vous devrez passer
derrière pour remettre les choses en l'état.
Où vais-je en venir ? Quel rapport entre le principe physique de l'entropie
avec l'informatique ?
A cette considération toute simple : les ordinateurs sont des
systèmes très complexes, et par conséquent l'entropie y est très
élevée. En d'autres termes, le désordre a toutes les chances d'envahir
les ordinateurs, de semer la pagaille et perturber son utilisateur.
L'entropie joue sur un ordinateur sur deux niveaux distincts :
- Au niveau logiciel, c'est-à-dire du système d'exploitation
(Windows ou Mac OS), l'écosystème est très complexe. Tout le monde a entendu
parler d'"incompatibilité", de "mises à jour qui plantent", de "conflit", sans
exactement savoir ce que ces mots recouvrent. Inutile d'entrer dans des détails
très techniques,il suffit de savoir qu'un système très complexe à de grandes
chances de planter : la question n'est d'ailleurs de savoir si le système va
planter, mais quand il va planter.
Chaque fois que vous ajouter de la complexité au système, en installant un
nouveau programme par exemple, vous ajoutez une petite chance au risque de
plantage. C'est inévitable ! Ceci explique pourquoi, pour beaucoup
d'utilisateurs qui modifient peu leur système, et font toujours la même chose,
celui-ci plante moins que les autres - et à l'inverse, les utilisateurs
intensifs, typiquement les "gamers", mais aussi tous ceux qui aiment bien
essayer de nouveaux logiciels, rencontrent davantage de problèmes que les
autres. D'une façon générale, j'ai noté que les systèmes tombent davantage en
panne au moment où l'on essaie de faire avec quelque chose d'autre que ce que
l'on faisait jusque-là.
Pourquoi cela ? Parce qu'en modifiant son usage, on augmente son entropie.
Et un utilisateur peu expérimenté peut faire les mauvais choix, choisir les
mauvaises options (ou le mauvais programme) qui va simplement faire passer le
système d'un état stable à un état instable. Bien souvent, c'est l'utilisateur
qui, sans le vouloir ou en avoir conscience, va effectuer l'opération de trop
sur le système. C'est l'équivalent, pour notre bureau, du chat qui va sauter
sur le sommet de la pile de dossiers. L'entropie lente va s'accélérer
brutalement du fait d'une intervention externe de désordre.
Si vous pensez que j'exagère, notez simplement que tous les
logiciels que vous installez sont précédés d'un CLUF, un contrat d'utilisation
qui exonère totalement l'éditeur du logiciel de tout plantage, problème, perte
de données ou mauvaise utilisation du logiciel. Pensez-vous que ce soit une
simple précaution cosmétique ?
Les éditeurs savent très bien que sur un très grand nombre d'installation
(un logiciel comme iTunes ou Picasa est facilement téléchargé et installé un
milliard de fois sur la planète), se produiront forcément des cas de plantages
et complications causés (ou révélés) par leur logiciel. Impossible pour eux
d'en assurer le SAV. Résultat : il n'existe aucune garantie d'utilisation d'un
quelconque logiciel.
Si Windows plante, on vous conseillera, en dernier ressort, de tout
réinstaller. Si un logiciel ne marche pas, on vous conseillera en premier lieu
de le désinstaller, puis de le réinstaller. Si tous vos efforts sont vains...
tant pis. Il n'existe aucune garantie formelle et absolue qu'un logiciel
quelconque fonctionnera sur votre ordinateur - ou qu'il fonctionnera bien, ou
longtemps. C'est un effet de cette complexité. Tout au plus, peut-être assurer
que telle version de logiciel, sur tel type et version de plate-forme (Windows
XP, Vista, Seven ; ou Mac OS 10.4 ou 10.5... etc), fonctionne bien le plus
souvent. C'est une répartition statistique, qui revient à considérer tout
benoitement que le plus souvent, ça marche - et donc c'est
commercialisable.
Le prochain billet fera suite à ces considérations, sur le plan matériel
cette fois.