Entropie et garantie
Par Simon Vart le mercredi 18 août 2010, 19:09 - Informatique - Lien permanent
Voici un sujet qui me tenait à coeur, et que je vais aborder maintenant que j'ai pris le parti d'alimenter ce blog aussi souvent que possible.
C'est d'abord un constat, simple, évident, mais qui surprend toujours : les choses tombent en panne. Tous les objets, quels qu'ils soient, sont périssables. C'est une règle physique, qui porte d'ailleurs un nom : l'entropie, et qui stipule que l'entropie d'un système fermé est toujours positive. En d'autres termes, cela signifie que le désordre d'un système tend toujours à croître. Supposez un bureau bien rangé : inévitablement, au cours du temps, il va prendre son bel ordonnancement, se couvrir de poussière, le vent fera tomber des feuilles du bureau, et le moindre geste déplacé fera glisser les piles de dossier, les rendant de plus en plus instable - jusqu'à tomber. L'entropie est la raison pour laquelle nous passons une bonne partie de notre temps à ranger, nettoyer, réparer tout ce qui tout entoure.
Une extension de cette loi est que plus un système est compliqué, plus son entropie est forte. Un bureau nu, vide, ne se dérangera guère et restera très longtemps dans un état presque identique. Il va se couvrir de poussière, le bois va craquer, travailler, des fissures apparaitront, et il finira par tomber en poussière, au bout d'un temps très très long. Son entropie est faible. En revanche, un bureau sur lequel on a posé beaucoup de choses : des papiers, des piles de dossiers, des stylos, sera plus facilement et rapidement dérangé. Même en l'absence de mouvement extérieur ou de l'intervention d'un élément hors du système (un chat, un enfant), les chances qu'un papier glisse, qu'une pile de dossiers en équilibre instable chute, ou qu'un stylo fuit, seront élevées. Son entropie est forte.
Une conséquence est que pour résorber l'entropie d'un système, il faut injecter de l'énergie dans le système. Dans notre exemple du bureau, il s'agit de votre intervention : vous allez dépenser de l'énergie pour remettre les papiers en place, refaire les piles de dossiers, passer un coup de chiffon pour enlever la poussière. Sur votre voiture, vos canalisations, le toit de votre maison, c'est pareil, partout où l'entropie fera son oeuvre, vous devrez passer derrière pour remettre les choses en l'état.
Où vais-je en venir ? Quel rapport entre le principe physique de l'entropie avec l'informatique ?
A cette considération toute simple : les ordinateurs sont des systèmes très complexes, et par conséquent l'entropie y est très élevée. En d'autres termes, le désordre a toutes les chances d'envahir les ordinateurs, de semer la pagaille et perturber son utilisateur.
L'entropie joue sur un ordinateur sur deux niveaux distincts :
- Au niveau logiciel, c'est-à-dire du système d'exploitation (Windows ou Mac OS), l'écosystème est très complexe. Tout le monde a entendu parler d'"incompatibilité", de "mises à jour qui plantent", de "conflit", sans exactement savoir ce que ces mots recouvrent. Inutile d'entrer dans des détails très techniques,il suffit de savoir qu'un système très complexe à de grandes chances de planter : la question n'est d'ailleurs de savoir si le système va planter, mais quand il va planter.
Chaque fois que vous ajouter de la complexité au système, en installant un
nouveau programme par exemple, vous ajoutez une petite chance au risque de
plantage. C'est inévitable ! Ceci explique pourquoi, pour beaucoup
d'utilisateurs qui modifient peu leur système, et font toujours la même chose,
celui-ci plante moins que les autres - et à l'inverse, les utilisateurs
intensifs, typiquement les "gamers", mais aussi tous ceux qui aiment bien
essayer de nouveaux logiciels, rencontrent davantage de problèmes que les
autres. D'une façon générale, j'ai noté que les systèmes tombent davantage en
panne au moment où l'on essaie de faire avec quelque chose d'autre que ce que
l'on faisait jusque-là.
Pourquoi cela ? Parce qu'en modifiant son usage, on augmente son entropie. Et un utilisateur peu expérimenté peut faire les mauvais choix, choisir les mauvaises options (ou le mauvais programme) qui va simplement faire passer le système d'un état stable à un état instable. Bien souvent, c'est l'utilisateur qui, sans le vouloir ou en avoir conscience, va effectuer l'opération de trop sur le système. C'est l'équivalent, pour notre bureau, du chat qui va sauter sur le sommet de la pile de dossiers. L'entropie lente va s'accélérer brutalement du fait d'une intervention externe de désordre.
Si vous pensez que j'exagère, notez simplement que tous les logiciels que vous installez sont précédés d'un CLUF, un contrat d'utilisation qui exonère totalement l'éditeur du logiciel de tout plantage, problème, perte de données ou mauvaise utilisation du logiciel. Pensez-vous que ce soit une simple précaution cosmétique ?
Les éditeurs savent très bien que sur un très grand nombre d'installation (un logiciel comme iTunes ou Picasa est facilement téléchargé et installé un milliard de fois sur la planète), se produiront forcément des cas de plantages et complications causés (ou révélés) par leur logiciel. Impossible pour eux d'en assurer le SAV. Résultat : il n'existe aucune garantie d'utilisation d'un quelconque logiciel.
Si Windows plante, on vous conseillera, en dernier ressort, de tout réinstaller. Si un logiciel ne marche pas, on vous conseillera en premier lieu de le désinstaller, puis de le réinstaller. Si tous vos efforts sont vains... tant pis. Il n'existe aucune garantie formelle et absolue qu'un logiciel quelconque fonctionnera sur votre ordinateur - ou qu'il fonctionnera bien, ou longtemps. C'est un effet de cette complexité. Tout au plus, peut-être assurer que telle version de logiciel, sur tel type et version de plate-forme (Windows XP, Vista, Seven ; ou Mac OS 10.4 ou 10.5... etc), fonctionne bien le plus souvent. C'est une répartition statistique, qui revient à considérer tout benoitement que le plus souvent, ça marche - et donc c'est commercialisable.
Le prochain billet fera suite à ces considérations, sur le plan matériel cette fois.
Commentaires
C'est tout à fait exact.
Faudrait-il une machine pour le son, une pour le graphisme et une autre pour la vidéo ?
A chaque fois que je tente d'exercer plusieurs disciplines sur la même machine, je la crame.