Pourquoi Windows tombe en panne et pas Macintosh ?
Par Simon Vart le jeudi 6 octobre 2011, 21:18 - Informatique - Lien permanent
Voilà bien une question de fond, que l'on m'a posé peut-être dix milliards de fois.
Il est tout neuf ! Comment peut-il être en panne ?
Mais je l'ai fait réparer il y a deux mois !?
Hier soir il marchait très bien !
J'ai entamé la réponse à cette question dans un billet précédent. Et le débat Mac/PC, discussion propice au troll s'il en est, se focalise souvent sur l'affirmation que "les Mac plantent moins que les PC". Est-ce vrai ?
Ma position est que c'est faux. Mais pour parvenir à cette réponse, il convient de définir un peu mieux le cadre du débat.
Premièrement, il faut garder en tête que le marché des PC personnels équipés de Windows représente environ 90 % du marché des ordinateurs personnels. Ce chiffre est fluctuant, notamment avec l'arrivée des tablettes, mais Apple représente au niveau mondial moins de 7% des systèmes d'exploitation équipant les ordinateurs personnels. Cela varie selon les pays : il gravite autour de 10% aux USA.
Cela implique qu'en valeur absolue, il y aura beaucoup plus de Windows que de Mac OS en panne, simplement parce qu'ils sont, et de très très loin, plus nombreux sur le marché. Cela ne nous renseigne pas sur le taux de panne, c'est à dire le pourcentage de panne pour un produit donné, chiffre que les constructeurs, dont Apple, gardent jalousement secret.
D'un point de vue matériel, Apple évite le bas de gamme : on peut en déduire que le taux de panne des composants les plus fiables sera plus faible que sur les PC - puisqu'on compare un peu des torchons et des serviettes en comparant un MacBook Air à 1500€ et un PC Packard Bell à 450 €.
Apple n'est pourtant pas sans défaut : on se rappelle des batteries qui chauffent et explosent sur les macbook 17 pouces il y a quelques années, les condensateurs des cartes-mères des iMac 22 pouces G5, des cartes graphiques nVidia qui chauffent et finissent par cramer.... J'ai moi-même changé sur des Macintosh des disques durs, des écrans LCD, des lecteurs DVD, des Time Capsules qui chauffent et finissent par perdre toutes les données...
Bref, d'un point de vue matériel, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Il faut garder à l'esprit que les "PC" équipé de "Windows" ne représente pas un marché homogène : on trouve des PC de différentes marques, plus ou moins satisfaisantes, et des versions très différentes de Windows. On ne peut pas comparer pied à pied un PC HP de 2001 avec Windows 98 SE et un PC Asus de 2010 avec Windows 7. Les plantages très fréquents de Windows 98 ont marqué les esprits et contamine encore la perception que l'on a de Windows comme OS. Microsoft doit composer avec un très grand nombre de composants différents et s'adapter sur tout un tas de matériels différents (même si le marché des constructeurs s'est bien réduit, et que les normes de fabrication sont devenus effectives, ce qui fait, par exemple, que Windows Vista/7 soit capable d'installer tout seul un grand nombre de pilotes spécifiques après une réinstallation "from scratch".)
Alors qu'Apple est un marché relativement homogène : la marque contrôle le matériel et le logiciel ; par exemple, Mac OS X ne fonctionne pas sur les processeurs AMD, point à la ligne. En simplifiant l'écosystème, Apple réduit le spectre des cas possibles à implémenter d'un point de vue logiciel, le système est donc plus simple, et ce qui est plus simple tombe moins en panne.
Ces deux modèles de développement (compatible / fermé) résultent d'un choix conscient de la part des deux compagnies. Le système compatible a permis à Microsoft de conquérir la majeure partie du marché, et a même été pendant une période pratiquement monopolistique. Le système fermé a permis à Apple de se créer un marché de niche sur des points différentiants comme le design, la fiabilité (supposée), et la qualité du SAV (réelle). Deux stratégies qui n'ont pas à être opposées, mais complémentaires, et qui permettent un choix bienvenu, à mon estime.
Et n'oublions pas que sans Microsoft et son système imparfait, mais flexible, compatible, et peu coûteux : il n'y aurait tout simplement pas de marché. Un autre système aurait vraisemblablement pris sa place, mais nous ne saurions dire si Apple aurait su s'y insérer.
Ensuite, d'un point de vue logiciel, il existe à mon avis une très grosse différence entre un utilisateur PC et un utilisateur Mac. L'utilisateur Macintosh se reconnaît comme non-expert : il configure son système et l'utilise. Ses contacts l'utilisent de la même façon. Basta.
L'utilisateur PC, lui, est généralement environné d'un grand nombre de contacts qui ont tous leurs préférences et passent leur temps à lui lancer des liens, des versions d'évaluations et des conseils d'optimisations sans intérêt que l'on s'empresse d'installer, au détriment de la stabilité du système. Sans compter les jeux, les smileys, les logiciels de chat et de téléchargement que tout adolescent n'a de cesse de mettre en place, sans la moindre considération, encore une fois, pour la stabilité.
L'économie du PC fait que votre ordinateur est généralement livré avec une ribambelle de logiciels d'essais, inutiles et souvent nuisibles qui ralentissent le système. De fait, ce n'est pas Microsoft que je blâme : ce sont les bundles logiciels idiots que les constructeurs installent (dans le but de réduire les coûts et de proposer une pseudo-offre complète). Et ce sont généralement les logiciels installés qui plantent le système, pas Windows qui plante tout seul.
C'est un peu la différence entre utiliser une voiture, et tuner sa voiture. Je gage que le risque d'embrouille est bien plus élevé dans le second cas.
Personnellement, en quinze ans d'utilisation de Windows, je n'ai jamais eu besoin de le réinstaller. Pourquoi ? Parce que je sais ce que je fais avec - et surtout ce qu'il ne faut pas faire. Je ne télécharge pas de logiciels pour les essayer. Je n'éprouve pas le besoin "d'optimiser" mon système. Je le maintiens à jour et ne m'impatiente pas quand le système fait une opération complexe. Résultat : mon PC ne plante pas.
Et les utilisateurs Mac fonctionnent pour la plupart comme moi. Apple a crée un système d'exploitation fiable et performant, et s'efforce de le conserver tel quel. Afin d'y parvenir, la firme maintient le contrôle sur ce que l'on peut installer sur le Macintosh, et les options de réglages sont conservées très simples. Le système n'est pas livré avec des versions bidons d'antivirus, de traitement de texte, de fonds d'écrans rigolos ou de logiciels de chat. Keep. It. Simple. Stupid.
Microsoft a créer un système d'exploitation fiable et performant, mais ne peut pas contrôler la façon dont il est commercialisé. Son système est livré avec un grand nombre d'options, de modules et de versions d'évaluations compliquées. Just. Stupid.
Pied à pied, installons un Windows de base (depuis un CD) et un Mac OS : le système mac est un peu plus complet grâce à iTunes, iPhoto et Mail ; mais les système se valent. Depuis Windows XP, Microsoft a entrepris un gros travail de stabilisation et d'ergonomie sur son système, qui commence à porter ses fruits avec Windows 7. Windows 8 sera certainement une bonne surprise.
Mais Microsoft doit composer encore une fois avec un élément qu'Apple peut ignorer : la compatibilité avec les versions antérieures. Quand Steve Jobs a repris Apple en main et conduit le développement de Mac OS X sur une base Unix, il a pris le risque d'obliger tous ses utilisateurs à migrer et abandonner une grosse partie de ses logiciels. Il a tout refait de zéro, ou presque (avec juste une option pour utiliser des logiciels Mac OS 9 sur une plateforme X, mais qui n'a jamais bien fonctionné). Microsoft ne peut pas faire cela. Sa position d'immense leader l'oblige à rester compatible. Quand il change de noyau (XP -> Vista par exemple), les utilisateurs se plaignent. Et 90% d'un marché mondial qui se plaint, ce n'est pas la même chose que 5% (et même 3% en 2000).
Microsoft doit planifier ses virages avec beaucoup plus de précautions que Apple, lequel, en outre, bénéficie d'une base de fans quasi-hystériques à la limite du prosélytisme. D'un point de vue marketing, Apple a quelques atouts qui ont été bien mieux maîtrisés que n'a su le faire Microsoft.
Mais techniquement, c'est kif-kif bourricot. Et c'est de plus en plus vrai : bien sûr, Apple a toujours crée une meilleure expérience utilisateur. Time Machine est incomparable face à la sauvegarde intégrée de Windows (à la limite inutilisable). iTunes, base essentielle de la stratégie Apple, n'a pas d'équivalent dans le monde compatible. iPhoto est concurrencé par Picasa, qui n'est pas un produit Microsoft. Sans mentionner le fait que du fait de sa faible part de marché, Mac OS n'est pas un marché de choix pour les concepteurs de virus. Et en outre, il n'est pas exclu que le positionnement CSP++ d'Apple implique une cible d'utilisateurs moins perméable aux stratégies grossières de ces derniers.
Apple a crée un produit avec moins de fonctions, mieux calibrées. La gestion de l'énergie sur les systèmes Windows est nulle face à celle d'Apple : encore une fois, il est beaucoup plus facile de gérer cela quand on contrôle l'écosystème depuis l'EFI et les spécifications matérielles jusqu'à l'API qui les contrôlent.
Kernel Panic existe sur Apple ; BSOD sur Windows. Tout système d'exploitation peut planter. J'ai débuggé des Mail qui ne parvenait plus à créer de dossiers sur le système de fichiers (et sans problème hardware), des macbook avec 1 Gb de RAM si lent qu'une mise à jour prenait presque trois heures, un Finder qui ne parvenait plus à gérer les vignettes d'aperçu de ses propres fichiers... Et j'ai fait la même chose sur PC - dans des rapports proportionnels de 1 à 100, j'en reviens à la notion de part de marché...
Sur un PC, 80% du temps, c'est l'utilisateur qui fait planter le système. Une mise à jour trop longue ? J'éteins le PC, tant pis... et je plante le système qui se retrouve à gérer des versions différentes de bibliothèques essentielles. Une pub pour un logiciel qui va soi-disant améliorer mon Windows ? Allez, je l'installe... et j'installe avec le petit logiciel publicitaire qui va m'ouvrir des fenêtres toutes les cinq minutes.
L'utilisateur de PC se méfie de son système, l'utilisateur Mac lui fait confiance. Cela provoque une attitude différente. (et oui, cette différence provient d'un positionnement marketing, lui même provenant d'une stratégie commerciale ; mon propos est de dire que cette différence n'est PAS technique). Quand un Mac met deux heures à effectuer une mise à jour, l'utilisateur Mac attend. Quand un PC met deux heures à faire une mise à jour, l'utilisateur PC s'impatiente et l'éteint. Et le plante.
Si je résume mon opinion sur le sujet :
- Traitant des mêmes concepts, il n'y a pas de différences fondamentales entre un Mac et un PC
- Les utilisateurs ne sont pas les mêmes et donc n'ont pas les mêmes attentes, la même culture, ni le même budget
- Microsoft doit composer avec sa stature de super-dominant, ce qui lui interdit toute souplesse technique ou commerciale
- Apple a su créer un positionnement marketing très précis (et très rentable)