La licence globale existe : je l'ai vue !
Par Simon Vart le dimanche 9 octobre 2011, 16:04 - Informations - Lien permanent
Cela fait longtemps que l'on parle de la licence globale (plusieurs années, le concept est apparu au moment de l'explosion du téléchargement peer-to-peer, il y a plus ou moins huit ans) et que les majors la refusent, généralement suivis par les législateurs de différents pays.
Le prétexte n'est pas bien clair, mais le fondement est bien identifié : les majors espèrent faire beaucoup plus d'argent en imposant des prix élevés à l'unité plutôt qu'en trouvant de nouveaux modèles de rémunération, notamment la licence globale.
C'est quoi, la licence globale, pour ceux qui découvrent le sujet ? Et bien c'est un principe où chaque internaute paie une petite somme (autour de 2€), en échange de quoi, on a accès à tout le catalogue musical, et de facto, on peut télécharger / échanger autant que l'on veut. Bien sûr, c'est pas juste pour les gens qui n'écoute pas de musique sur Internet : mais c'est aussi le reproche que l'on fait à la redevance. Personnellement, je ne regarde pas la télévision, je n'ai pas d'antenne, et je paie la redevance quand même (et c'est beaucoup plus cher que 24 € / an). Alors je veux bien que l'on discrédite la licence globale, mais on en profite pour faire sauter la redevance, merci.
Selon Pascal Nègre et ses amis des majors, c'est un "vieux modèle", "insuffisant pour financer la création" (d'après lui, 1 milliard de revenu par an, c'est pas assez pour financer la création). Et il défend le modèle des abonnements type Deezer / Spotify.
Je me suis abonné pour voir à Zune. C'est le système de diffusion musicale de Microsoft, que je récupère via ma Xbox 360. Où est la différence ? J'ai accès, contre un abonnement mensuel, à un immense catalogue musical. Où est la différence ?
La différence, me direz-vous, c'est que je n'ai toujours pas le droit de redistribuer la musique que je télécharge (car pour l'écouter, je dois la télécharger ; seulement elle n'est pas stockée sous une forme exploitable sur mon PC). M'enfin, il me semble que cela n'a jamais été le coeur du débat : les gens veulent simplement pouvoir écouter de la musique via Internet. La redistribution est une épiphénomène de cette volonté, simplement parce que le P2P fonctionne de cette façon.
Je n'ai pas la possibilité, dans cette configuration, de graver des cd que je pourrais écouter dans ma voiture, transférer sur un baladeur, prêter à un ami. Evidemment, techniquement, c'est assez facile de capturer le flux audio, plutôt de bonne qualité d'ailleurs, vers un graveur CD de salon ou mon ordinateur. Cependant, c'est en principe interdit.
C'est là la pierre d'achoppement du système. Les utilisateurs réclament le droit de copier, prêter, transférer leur musique sur n'importe quel support ou périphériques. Les éditeurs, majors, et autres intermédiaires, souhaitent pouvoir faire payer l'utilisateur à l'usage. Evidemment, cela peut leur rapporter potentiellement beaucoup plus. Mais dans les fait, c'est un échec : d'abord le téléchargement illégal ne faiblit pas, ensuite les ventes directes de cd ne cessent de diminuer, même si la situation est beaucoup moins grave que les majors ne le hulullent en permanence.
Car ce qui est menacé, ce n'est pas la création, ni la musique. C'est la position d'intermédiaire de ces groupes qui ne contrôlent, finalement, que des droits d'exploitation des oeuvres. Un artiste peut se passer d'eux en réussissant sa promotion via Internet. Ce n'est pas facile, mais ce n'est pas facile non plus hors Internet ; il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Un artiste peut se passer d'eux en vendant ses titres via Internet. Et donc la seule réelle richesse de ces énormes groupes, c'est leur catalogue. Et pour en retirer le maximum, ils distillent celui-ci très précautionneusement (en détournant l'attention en proférant des énormités sociales et économiques).
Cependant, de mon point de vue, cette licence globale existe déjà. Elle va se perfectionner, s'étendre, mais j'ai déjà la liberté d'écouter sur ma chaîne (et c'est là l'essentiel) un catalogue immense, contenant bien plus d'oeuvre que je n'en connais, pour une somme inférieure à un demi-cd par mois. Je n'ai pas besoin d'acheter ces CD : ma CDthèque se couvre de poussière tellement je réécoute peu mes albums. Ici, pas de gaspillage, peu de ma matière première, je peux écouter sans discontinuer Eiffel parce que j'aime bien ça en ce moment, et passer à autre chose quand j'en ai assez. Je peux découvrir de nouveaux artistes que je n'aurais certainement pas acheté en magasin. Même pour les enfants, il y a des choses à écouter.
En outre, du point de vue des Majors, quels pratiques commerciales sont à explorer ! Ils pourraient être capable de connaitre nos goûts individuels, savoir qui écoute réellement tel artiste ou albums, quels chansons sont préférées dans un album, ils pourraient faire des suggestions, bâtir des playlists d'ambiance, nous tenir informés des concerts ou des goodies des artistes... bref, transformer un flux d'information en consommation, ce qui est leur but ultime, après tout ; et le tout pour un coût dérisoire par rapport à un équivalent IRL. Le tout en accompagnant les changements d'usage irrévocables de leurs consommateurs.
Le dernier frein à cet usage, c'est le DRM : la restriction d'usage implanté dans le bien consommé. Il doit disparaître - il va disparaître, parce qu'il est contre-productif. Ceux qui l'utilisent perdent la partie, car les utilisateurs renoncent à utiliser leurs services. Apple, leader et pionnier de ce marché, pourtant très restrictif, a fait disparaître une bonne partie des DRM des versions téléchargées. Et on pourra aussi faire disparaitre la Hadopi, organe coûteux, inutile, qui essaie d'imposer une solution réglémentée dans un problème de marché (c'est à dire l'exacte contraire que l'antienne de droite ordinaire : le marché, le marché, le marché), qui plus est financée par un contribuable déjà bien mis à contribution. Ce n'est pas au denier public de répondre à des modifications structurelles économiques d'un marché privé (qui n'est pas vital comme la santé ou l'éducation, j'entends). Qui s'est soucié de la mort des petits développeurs photo à l'arrivé du numérique ? Personne au gouvernement. Alors pourquoi se préoccuper des dividendes d'Universal ?
De mon point de vue, la licence globale existe déjà, puisqu'en contrepartie d'une petite somme, j'ai accès au catalogue des principales majors. Dans un monde idéal, j'aurais aussi accès aux petits labels, aux chaines Youtube, etc, mais c'est déjà un gros début. Ce qui manque et doit évoluer, c'est étendre cet usage à plusieurs terminaux. Quand ce sera fait, si nous avons tous accès au même catalogue, il n'y aura plus de question de copie ou d'échange : ce ne sera tout simplement plus nécessaire, il suffira d'échanger un lien, un nom, un titre : comme nous échangeons des URL d'articles de journaux. La dématérialisation, quoi.